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HYPER-ATTACHEMENT: Trop d'Amour tue-t-il l'Amour.


     Parmi les différentes relations chien/maître qu'il nous est offert d'observer en clinique vétérinaire, certaines sont caractérisées par un développement hypertrophié du lien d'attachement qui unit l'animal et l'homme. Ces couples très unis se repèrent assez facilement: ils se cherchent du regard mutuellement, le chien est soit sur les genoux,

soit collé à la jambe du maître qui maintient avec lui un contact physique quasi permanent en le caressant, lui tripotant les oreilles ou en lui parlant. Et cet hyper-attache­ment peut être la source d'anxiétés.


     Dans le contexte anxiogène d'une salle d'attente de

vétérinaire, on peut lire la même émotion angoissée sur leur faciès, car la pression affective éprouvée par le maître se transmet remarquablement bien à son compagnon. Le développement excessif d'un lien se tisse en effet de manière bilatérale, à savoir que le chien ne s'hyper-at­tache pas tout seul. Son maître, sa biographie et son milieu de vie participent à ce déséquilibre réversible de l'attachement.


     En tant qu'espèce sociable, le chien ne peut se dévelop­per en l'absence d'être (chien ou humain) auquel il va pouvoir s'attacher. Des expériences pour le moins cruelles prouvent qul'image de n'importe quel mammifère, homme com­pris, il se laisse mourir si on se contente de l'alimenter en isolement total. Priver un chiot âgé de quelques semaines de la possibilité de s'attacher à sa mère ou à un substitut maternel, le condamne tout simplement à mort. Dès la naissance, le chiot nouveau-né est céré­bralement actif, ce qui lui permet d'adapter ses pre­mières réponses comporte­mentales à son environne­ment direct logiquement composé de sa mère et de sa fratrie.


     Le maître est dans un pre­mier temps ressenti par le chiot comme un substitut maternel. Il s' y attache en général très vite car à l'âge de deux mois, il a encore besoin de cet être et de ce lien lui permettant d'explo­rer le monde en confiance. Les câlins, les caresses tac­tiles et vocales, les endor­missements dans les bras ... doivent donc être encoura­gés car ils participent à l'établissement de cette re­lation d'affection et de confiance.


Apprendre le détachement


     Si le chiot est adopté par une famille, il faut veiller à ce qu'il s'attache à une per­sonne en particulier au cours du premier mois d'in­sertion dans son nouveau foyer car sans l'intervention humaine, il serait resté dans le giron de sa génitrice. En effet, le pendant de l'atta­chement, le détachement, apparaît au début du troisiè­me mois. Quand les pré­mices de cette période dou­loureuse apparaissent, la chienne sait le laisser pleu­rer, le repousser et ne plus répondre à ses sollicitations affectives. Le chiot va pou­voir ainsi se détacher d'elle pour se rapprocher de l'en­semble du groupe. Le même phénomène se passe dans une meute humaine. Le chiot s'attache à un membre de la famille, qui n'est d'ailleurs pas toujours celui qui en a motivé l'achat. L'ensemble du foyer inter­agit avec lui, mais c'est ltre d'attachement du chiot qui passe le plus de temps avec lui, qui le nourrit et le soigne plus que les autres. Vers l'âge de trois mois, il est temps de lui apprendre le détachement en faisant com­me sa mère, à savoir en arrê­tant d'avoir un comporte­ment maternant (attention de tous les instants, inquiétude, réponse systématiques aux stimulations affectives ... ) afin de lui permettre de s'at­tacher à tous les membres de la famille. Lge légal pour vendre un chiot n'a pas été fixé par hasard à deux mois. Peut-être a-t-il semblé im­portant, aux yeux du législa­teur éclairé, de favoriser l' at­tachement au maître tout en laissant suffisamment de temps à la mère pour édu­quer ses petits, et donc d'au­toriser l'achat du chiot pen­dant une période sensible.


     Un mtre novice peut avoir du mal à réaliser l'importace de ce processus nécessaire de distanciation affective. Les troubles liés à l'excès d'attachement rencontrés en clinique térinaire font par­tie des plus courants. L'anxiété de séparation est, par exemple, le fait de chiens adultes qui n'ont pas eu la possibilité de prendre la dis­tance affective nécessaire avec leur re ou son substi­tut. Loin d'elle, ils sont inca­pables de sortir de ltat anxieux induit par son asence. Ils sont littéralement handicapés sur le plan com­portemental car la séparation provoque la même détresse que chez les chiots de quelques semaines: aux hur­lements et vocalises s'ajou­tent les mictions et diarrhées émotives, ainsi que les com­portements destructeurs ren­dus possibles par des mâ­choires développées et une motricité performante. Tant que le problème d'origine n'est pas traité, le chien est régulièrement plongé dans un état de détresse psychique lui interdisant de se sentir bien dans sa tête.


     Le traitement, qui ne peut pas faire l'impasse sur le détachement, est extrême­ment mal vécu par les pro­priétaires qui doivent faire a posteriori un travail rendu difficile par le temps écoulé et par l'hyper-attachement qu'ils éprouvent pour leur compagnon. L'aide d'un térinaire ou d'un éduca­teur apparaît indispensable pour éclairer les maîtres, les guider, les encourager et les soutenir. Chaque cas étant un particulier, il n'existe pas de méthode standard. Le traitement doit être adapté à chaque histoire et en fonction de ce que le maître est objectivement capable de faire.


     Rien ne peut donc se faire sans cet attachement, si vi­tal qu'il semble appelé par la biologie. Rien ne semble non plus possible sans son pendant, car trop d' attache­ment empêche la construc­tion de la personnalité. On souligne souvent l'impor­tance du choix de l'élevage, notamment en ce qui concerne la socialisation des chiots. Il semble .qu' une attention soutenue doive aussi être apportée à sa qualiéthologique afin de sélectionner l'éleveur favo­risant l'émergence de l'atta­chement.


CHOISIR SON ÉLEVEUR, COMME SON CHIOT


     Déjà lors de sa vie intra-utérine, l'arrière-plan psychosensoriel du chiot a commencé à se construire, Lors du passage à la vie aé­rienne, il n'est pas mis bas dans un milieu hostile, car il reconnaît sa mère avec laquelle il a communiqué pendant les deux mois de ges­tation, Un éleveur consciencieux peut donc influencer positivement la capacité de ses chiots à s'attacher et à nouer des relations de confiance autorisant un développement psychosocial harmonieux, D'où l'intérêt de sélectionner son élevage autant que son chiot.